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 INTERVIEW PAR LA JOURNALISTE ET CRITIQUE D ART CAROLINE CANAULT


Pouvez-vous expliquez votre procédé technique (matière, ustensile, modèles éventuels …) ?

Il n’y a pas de moulage, chaque pièce est unique. Le plâtre est coulé à l’horizontale, en une fois, dans un châssis rigide et sur une épaisseur d’environ 5mm. Je travaille le plâtre avec les mains pendant le temps de prise, pour apporter relief, irrégularités, aspérités … Après plusieurs jours de séchage, j’esquisse un mouvement au crayon, puis je cisèle le matériau dur, je retire de la matière pour faire apparaître un ensemble de lignes. Enfin, vient le temps de la couleur, j’utilise des pigments dilués dans un vernis liquide, de l’acrylique, des cires …

 

Pourriez-vous traduire votre attrait pour le vieillissement, l’usure en particulier ?

Le vieillissement et l’usure sont les marques du temps. Dans la nature, cela génère un graphisme (sillon, fissure, érosion, craquelure, ride …) et ce graphisme est la trace d’une histoire, une mémoire. Je cherche à donner le langage du vivant à un matériau inerte. Mon souhait est d’intervenir sur le plâtre comme le temps l’aurait fait et non l’humain. C’est un message d’humilité dans un monde où l’homme impose sa suprématie sur la nature.

 

La ciselure a-t-elle selon vous une limite dans le relief ?

Oui et ce n’est pas un obstacle. Je ne chercher pas à créer un volume, au contraire ! J’attire l’attention sur « l’épiderme », c’est-à-dire ce qui entoure un volume, je souhaite en révéler les particularités, la richesse. La couleur trompe quant à elle la perception visuelle, elle donne la profondeur à l’œuvre.

 

Travaillez-vous le mouvement, votre geste dans une certaine direction (expansion horizontale, verticale, courbes ou lignes …) ?

Mes gestes sont des courbes et contre courbes, parfois des lignes, réalisés dans un mouvement ample et souple, le plus naturel possible. Je sculpte de manière à ce que l’arête des ciselures craque de façon irrégulière. Le mouvement orchestre et anime la matière, je cherche les règles de composition semblables à celles provoquées par le temps et l’usure.

 

Pourquoi avoir choisi le langage abstrait ?

Tout simplement, je suis davantage réceptive à l’abstrait. J’aime qu’une œuvre m’accorde cette liberté de rêverie et d’évasion. L’abstrait se détache de toute représentation. Il demande donc au mental d’être à l’écoute de ce que l’on perçoit, ce que l’on ressent et de mettre de côté l’analyse descriptive. L’abstrait est pour moi un moyen de communication immédiate, intuitive et inconsciente entre perception et émotion.